François-Dominique Toussaint Louverture (1743-1803), combattantt et résistant haïtien
Portrait libre de Toussaint Louverture. © DR

Étape 10 Plaque commémorant Toussaint Louverture

Dixième et dernière étape de cette balade décoloniale : nous arrivons au jardin de Ville, parvis des droits de l’Homme, devant la plaque hommage au combattant haïtien Toussaint Louverture.

Qui est Toussaint Louverture ?

François-Dominique Toussaint Louverture (1743-1803) était un esclave de Saint-Domingue, par la suite affranchi. En 1791, les esclaves noirs se révoltent contre les planteurs français, il devient un des chefs de la révolte, combattant alors du côté des Espagnols.

Sous la pression des esclaves insurgés, la jeune république française abolit l’esclavage en mai 1794. Louverture change alors de camp et rallie la Révolution française. Il est nommé général de division, puis lieutenant-gouverneur de l’île pour de nombreux actes militaires unificateurs : victoire contre les espagnols, puis contre les britanniques qui occupent l’Ouest de l’île, contre un coup d’état, contre le général Rigaud, un rival mulâtre, qui occupait encore le sud… Il mène dès lors une politique indépendante et signe des contrats de commerce avec les États-Unis et la Grande-Bretagne. Le 8 juillet 1801, il proclame une constitution le nommant président à vie.

Il devient trop dangereux pour Bonaparte qui craint de perdre « la perle des Antilles » et qui décide de l’abattre. Un corps expéditionnaire de 26 000 hommes dirigé par le général Leclerc est envoyé pour mater Louverture. Il débarque le jour anniversaire de l’abolition (4 février 1802). Après une résistance héroïque, Louverture est contraint de capituler le 6 mai. Assigné à résidence, il est ensuite déporté en France et enfermé au fort de Brest puis au fort de Joux où il décédera, probablement assassiné. À Saint-Domingue, les afro-descendants s’unissent contre les esclavagistes et reprennent la lutte. L’ancien lieutenant de Louverture, Jean-Jacques Dessalines poursuit son combat qui aboutit à la proclamation de l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804. La première république noire est née.

Le risque du « schoelcherisme » et le blanchiment de l’Histoire

L’Histoire officielle place Victor Schoelcher en particulier et les abolitionnistes européens en général, au centre de la mémoire de l’abolition de l’esclavage, comme ceux qui ont « donné » la liberté aux esclaves. Des rues sont nommées, des statues dressées à la gloire de ce grand humaniste (blanc). Les pays qui ont eux-mêmes mis en place le système d’exploitation atroce que forme la traite transatlantique et l’esclavage parviennent à se valoriser en revendiquant avoir été le « premier pays à abolir l’esclavage » ou « le premier a avoir reconnu le crime contre l’humanité ». La mémoire officielle réussit à blanchir le combat contre l’esclavage ! Pourtant, la libération de ce joug ne serait pas advenue sans la pression des révoltes populaires, sans les grandes et petites résistance de milliers d’esclaves anonymes, qui n’entreront jamais, elles et eux, au Panthéon. Comme dirait l’auteur martiniquais Patrick Chamoiseau « Yo pa ba nou’y fout sé nou ki pran’y! » (ils ne nous l’ont pas donné [la liberté] nous l’avons prise !)

La plaque Toussaint Louverture a été posée en 2005, sous l’action du comité Traite Négrière et Esclavage

Honorer les résistances noires

En 2003, le Comité Traite Négrière et Esclavage (CTNE)* qui regroupe plusieurs associations grenobloises, demande la pose d’une plaque en hommage à Toussaint Louverture. Pour le comité, il est important de promouvoir la mémoire d’un résistant noir, et pas une fois de plus la figure de l’abolitionniste Victor Schoelcher comme le concède la municipalité. Il importe également que l’image de Toussaint Louverture, un homme noir, apparaisse dans l’espace public. Le comité lance une pétition qui obtient près de 2000 signatures.

En mai 2005, le conseil municipal et le CTNE apposent et inaugurent la plaque « Toussaint Louverture » sur le Parvis des Droits de l’Homme au Jardin de Ville. Désormais, chaque 10 mai, la cérémonie officielle de commémoration de l’abolition de l’esclavage a lieu devant cette plaque, sur laquelle est inscrite la phrase que Toussaint Louverture prononça en montant dans le bateau qui l’emmenait en exil :

« En me renversant, on n’a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses ».

Sources :

Facebook du Comité Traite Négrière Esclavage ainsi que son site web.

https://www.herodote.net/Toussaint_Louverture_1743_1803_-synthese-403.php
http://www.une-autre-histoire.org/toussaint-louverture-biographie/
https://nofi.fr/2014/10/toussaint-louverture-heros-de-la-revolution-haitienne/1763
https://fr.wikipedia.org/wiki/Toussaint_Louverture

https://joaogabriell.com/2016/05/10/rompre-avec-le-paradigme-central-de-labolition-dans-lhistoire-de-lesclavage-occidental/
https://nofi.fr/2017/05/noirs-doivent-remercier-victor-schoelcher-labolition-de-lesclavage/38699

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