Des tirailleurs (noirs) se déshabillent pour laisser leur uniforme et leur place dans les rangs des Forces Françaises Libres à des résistants (blancs).
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Étape 1 Avenue du Maréchal Leclerc

Philippe de Hauteclocque, dit « Leclerc » (1902-1947) fut l’un des principaux chefs militaires de la France Libre durant la Seconde Guerre dite mondiale ; il commanda notamment la 2ème division blindée.

Le serment de Koufra du 2 mars 1941

Ralliés au général de Gaulle et à la « France libre » Leclerc et ses soldats arrivent en décembre 1940 à Fort-Lamy (future N’Djaména) au Tchad. Cette colonie de l’Afrique équatoriale française a été la première à rejoindre le Général sous l’impulsion de son gouverneur, Félix Eboué, un guyanais noir.

Le commandant Leclerc décide de s’emparer de l’oasis de Koufra, un modeste fort tenu par une garnison italienne. C’est le poste le plus avancé, au sud, de l’alliance germano- italienne, protégé par une compagnie motorisée qui vadrouille dans la région, la Sahariana.

Les troupes de Leclerc se dirigent donc à 1700 kilomètres au nord, en Libye, avec une centaine d’Européens et 250 méharistes et tirailleurs « sénégalais », en fait essentiellement des Tchadiens et des Camerounais.

La Sahariana étant tenue à distance, les italiens capitulent le 1er mars, Le lendemain, le colonel Leclerc prononce devant ses hommes un discours mémorable qui se termine par ces mots, quelque peu surréalistes en ce désert saharien : « Nous sommes en marche, nous ne nous arrêterons que lorsque le drapeau français flottera sur la cathédrale de Strasbourg ».

Les soldats et officiers de toutes origines reprennent ce serment de Koufra à la suite de leur chef.

Aussi modeste soit-elle, la bataille de Koufra a un impact symbolique immense pour les français en lutte contre l’occupant allemand car c’est leur premier succès militaire. Le général de Gaulle télégraphie à Leclerc un message de félicitations qui se termine par ces mots inhabituels chez lui : « Les glorieuses troupes du Tchad et leur chef sont sur la route de la victoire. Je vous embrasse ».

Cet idéal des soldats blancs et noirs unis dans la victoire contre l’occupant allemand ne se produira pas : le serment ne sera pas tenu pour tous les soldats.

La trahison : le blanchiment des troupes coloniales

Il s’agit du renvoi et du remplacement des soldats noirs par des recrues blanches pour la dernière étape de la Libération. Cette opération logistique méconnue est appliquée à l’automne 1944. Environ 20 000 soldats noirs de l’armée française sont rapidement retirés du front. Cette décision a été prise, au début, pour satisfaire à la demande des Américains qui ne souhaitaient pas voir de soldats de « couleur » dans la 2ème DB du général Leclerc puis par le Gouvernement Provisoire de la République (GPRF) pour les autres régiments.

Les soldats africains constituaient la moitié des effectifs de la France libre. Pourtant, pour eux pas de défilé glorieux devant la cathédrale de Strasbourg ou dans les rues de Paris. Effacés de la photo finale, parqués dans des camps, ils furent sommés de donner leurs uniformes à de jeunes résistants blancs n’ayant pour certains jamais combattu, mais qui représentaient mieux l’idéal de la France universelle…

Le massacre de tirailleurs sénégalais, vétérans de « l’épopée Leclerc » trahis, rapatriés sans soldes, par l’armée française à Thiaroye le 1er décembre 1944 trouve ici sa véritable origine.

Proposition mémorielle : avenue des tirailleurs sénégalais trahis

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– Article tiré en grande partie de Hérodote.net (Encyclopédie historique)

-Le blanchiment des troupes coloniales », documentaire de Jean-Baptiste Dusséaux (2015), disponible sur Youtube

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