Le philosophe Voltaire 1694-1778
MARY EVANS/SIPA

Étape 5 Rue Voltaire

Voltaire (1694-1778) écrivain et philosophe français, est le représentant le plus connu de la philosophie des Lumières, défenseur de la liberté, pourfendeur de la religion chrétienne et plus particulièrement du catholicisme. Les manuels d’Histoire présentent l’auteur du Traité sur la tolérance comme engagé contre l’esclavage. Or, ses textes montrent à quel point il était imprégné de l’idéologie raciste dominante. Ses textes regorgent de descriptions d’Africain.e.s comparé.e.s à des animaux, de thèses sur les inégalités entre les races, qui reviennent comme une obsession.

« Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur. Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir. » (1)

ou encore :

« (…) Leurs [les nègres] yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils ne doivent point cette différence à leur climat, c’est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu’une race bâtarde d’un noir et d’une blanche, ou d’un blanc et d’une noire… » (2)

Opposé à la « perversité » de la chrétienté et donc à sa source, le judaïsme, Voltaire a écrit de nombreux textes hostiles aux juifs, qui nourriront plus tard des théories antisémites.

« (…) ils [les juifs] sont ennemis du genre humain. Nulle politesse, nulle science, nul art perfectionné dans aucun temps, chez cette nation atroce. » (3)

Il existe une polémique sur la participation concrète ou non de Voltaire à la traite négrière. Effectivement homme d’affaires très attiré par l’argent, il semble avoir spéculé sur les produits coloniaux qui arrivaient des Antilles à Cadix et qui résultaient du travail des esclaves.

Il aurait écrit dans une « Lettre à Michaud » de Nantes, son possible associé dans l’armement du « Congo ».

« Je me félicite avec vous de l’heureux succès du navire le Congo, arrivé si à propos sur la côte d’Afrique pour soustraire à la mort tant de malheureux nègres… Je me réjouis d’avoir fait une bonne affaire en même temps qu’une bonne action. » (4)

Selon ses -nombreux- défenseurs cette lettre serait un faux. L’humaniste brillant ne peut pas avoir trempé dans une activité si abjecte ! En fait, investir dans la traite négrière était tristement banal pour un bourgeois fortuné du XVIIIème siècle.

Quoi qu’il en soit, que Voltaire ait participé matériellement ou non à la traite négrière, ses écrits ont, eux, contribué à la justification « philosophique » du racisme, qui lui-même légitimait l’entreprise mercantile de la traite négrière et de l’esclavage.

Proposition mémorielle : rue Mulâtresse Solitude (1772-1809), résistante guadeloupéenne à l’esclavage

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(1) Essai sur les Mœurs et l’esprit des Nations (1756), tome 8, page 187

(2) Idem, tome 1, page 6 à 8

(3) Idem, tome 2, page 83

(4) Cité par César Cantu, Histoire universelle, 3ème édition, Tome XIII, p 148. Accessible sur Google Books

Autres sources :

http://www.une-autre-histoire.org/voltaire-etait-il-raciste/

http://www.lepoint.fr/livres/la-face-cachee-de-voltaire-02-08-2012-1494397_37.php

 

 

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