Victor Hugo a fait l'apologie de la colonisation de l'Algérie dans un célèbre discours en 1879

Étape 9 Place Victor Hugo

Le racisme, le sentiment de « supériorité blanche » sont des mécanismes profondément ancrés socialement. Le rapport de Victor Hugo à la colonisation de l’Algérie le montre bien : ce progressiste illustre ne s’y est pas opposé au nom de l’universalisme des Lumières qui lui était cher*, mais en a fait l’apologie. Mal à l’aise devant la cruauté de la colonisation militaire et ses crimes (razzias, tortures, massacres dont l’enfumage de civils…), il soutient l’idée d’une colonisation civile pacifique pour éclairer des « peuples obscurs », comme Jules Ferry. Hugo ne se départira jamais de cette idée d’une « mission civilisatrice » de la France et de l’Occident, et donc de leur supériorité.

Intervention du collectif Survie Isère

Nous accusons Victor Hugo d’apologie du colonialisme.

La colonisation française, guidée par des motivations mercantilistes, s’est également construite dès le 19ème siècle à partir d’une particularité idéologique faussement humaniste. L’Homme blanc européen se devait alors d’apporter la civilisation à des peuples qui en étaient prétendument dépourvu. Cette doctrine infâme rencontra peu d’opposants, au contraire, de nombreux intellectuels engagés ont nourri cette idéologie barbare. C’est le triste cas de Victor Hugo. L’éloquent défenseur de la justice sociale et des opprimés de toute sorte, était lui aussi imprégné de cette théorie raciste. Son sidérant « discours sur l’Afrique » de 1879 le consacrera comme le plus illustre apologue du colonialisme.

Extraits du « Discours sur l’Afrique »

Victor Hugo (1802-1885) prononça cette allocution le 18 mai 1879 au cours d’un banquet commémorant l’abolition de l’esclavage et qu’il présidait. Il avait notamment à sa droite Victor Schoelcher auteur du décret d’abolition de l’esclavage, qui se déclara enchanté par ce discours.

« Le moment est venu de dire à ce groupe illustre de nations: Unissez-vous! Allez au sud. Est-ce que vous ne voyez pas le barrage? Il est là, devant vous, ce bloc de sable et de cendre, ce monceau inerte et passif qui, depuis six mille ans, fait obstacle à la marche universelle, ce monstrueux Cham qui arrête Sem par son énormité,-l’Afrique.
Quelle terre que cette Afrique! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe (…)

Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra. Allez, Peuples! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. À qui? A personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue; non pour le sabre, mais pour le commerce; non pour la bataille, mais pour l’industrie; non pour la conquête, mais pour la fraternité. (Applaudissements prolongés.) Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires.

Allez, faites! Faites des routes, faites des ports, faites des villes; croissez, cultivez, colonisez, multipliez; et que, sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’Esprit divin s’affirme par la paix et l’Esprit humain par la liberté! »

Proposition mémorielle : édition/diffusion par la Ville aux écoles et collèges du Serment du Manden de Sunjata Keïta, première constitution anti-esclavagiste de l’Histoire, Mali, 1222.

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*Notons que les opposants à la colonisation ne l’étaient d’ailleurs pas toujours pour des raisons « anti-racistes » mais parfois pragmatiques, tel le coût financier.

Sources :

L’intégralité du Discours ici

Victor Hugo et la conquête de l’Algérie (Wikipédia)

Victor Hugo et la colonisation de l’Algérie (histoirecoloniale.net)

Une lycéenne découvre le racisme de Victor Hugo et se mobilise (Martinique 1ère)

Une réflexion sur la négrophobie des Lumières (blog Mediapart)

Marianne et les colonies, une introduction à l’histoire coloniale de la France, Gilles Manceron, éd. La Découverte, Paris, 2003

 

 

 

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